Nos collègues de Nanterre.fr se sont entretenus avec Benoît Thieulin, président du Conseil National du Numérique, à propos de la concertation nationale, à laquelle participe l’Agora.

 

Pouvez-vous nous expliquer ce que représente le conseil national du numérique ?

 

Le Conseil national du numérique est une commission consultative indépendante, chargée de conseiller le gouvernement sur toute question relative à l’impact du numérique sur l’économie et la société. Créé en 2011 et modernisé en 2013 (ses missions ont été élargies et sa composition diversifiée), le CNNum constitue une véritable interface entre les décideurs publics et l’écosystème numérique. Trente membres, représentatifs du numérique en France – entrepreneurs, investisseurs, chercheurs, philosophe, innovateurs de l’économie traditionnelle, associatifs – travaillent avec les acteurs du numérique pour accompagner le gouvernement dans cette révolution.

Quelles sont les nouvelles missions du CNNum depuis 2013 ?

Le CNNum s’est positionné sur des sujets aussi divers que la fiscalité, la neutralité du net, les plateformes, l’éducation, la santé, les libertés sur Internet, ou encore le projet de traité transatlantique.

 

Nos travaux et la méthodologie “ouverte” que nous adoptons, nous permet de proposer des approches nouvelles en matière de politique publique : la révolution numérique dévore le monde, et bouleverse également l’action et la gouvernance publiques. La concertation que nous menons actuellement s’inscrit dans cette approche de “co-design”.

 

En donnant la possibilité aux citoyens de s’exprimer sur leur vision du numérique, ce débat national dépasse les sphères classiques de l’influence et du travail législatif et apporte de la transparence aux décisions.

Comment sont choisies les thématiques des ateliers ?

Depuis plus d’un an, les rapports et réflexions autour de la révolution numérique se sont multipliées : le rapport du Conseil d’Etat sur les droits et libertés numérique, le rapport Lemoine sur la transformation de l’économie, de nombreux rapports parlementaires et livres blancs d’associations et fédérations, ont apporté des idées nouvelles. Nous avons donc choisi de capitaliser sur ces travaux et de structurer la concertation selon quatre thèmes : croissance innovation disruption, loyauté dans l’environnement numérique, transformation numérique de l’action publique, et la société face à la transformation numérique, qui fait l’objet de votre session de travail du 24 janvier.

 

La dimension sociétale de la révolution numérique est fondamentale et traverse tous les sujets de cette concertation. Dans de nombreux secteurs, comme l’éducation, les transports, la santé, la définition de nouveaux équilibres est cruciale. Je pense notamment à l’utilisation et l’ouverture des données, la coexistence de modèles marchands et de systèmes collaboratifs, les relations entre plateformes numériques et acteurs traditionnels.

Pourquoi faire un appel aux citoyens ? Comment leurs propositions seront-elles prises en compte ?

Le numérique est devenu un véritable objet politique. Il s’instille dans nos vies quotidiennes, dans la transformation des relations entre les acteurs économiques, et dans l’action publique. C’est une véritable révolution dans la mesure où s’opère une redistribution inédite du pouvoir et de la valeur. Le philosophe Bernard Stiegler, membre du Conseil national du numérique nous dit souvent que “la révolution numérique est aussi importante à l’échelle de l’histoire de l’humanité que le passage de la culture orale à la culture écrite”. Il apparaît ainsi impensable de ne pas se saisir des leviers numériques pour accompagner cette révolution. Les citoyens sont tout autant légitimes que les acteurs “classiques” pour déterminer dans quelle société numérique ils veulent vivre.

En faisant appel à la contribution citoyenne, cette concertation permet ainsi de faire remonter au gouvernement les priorités identifiées par les contributeurs. Le CNNum assurera le suivi et la traçabilité des mesures proposées. Ce travail d’échange a déjà commencé dans le cadre de la préparation du projet de loi numérique et se poursuivra après la publication des recommandations du CNNum.

 
Comment les citoyens peuvent-ils donc contribuer ?

Une plateforme de débat a été inaugurée au mois d’octobre 2014.

 

Les citoyens peuvent y participer en postant des contributions sur une trentaine de consultations. Dans le prolongement du débat en ligne, des journées contributives sont organisées dans toute la France, et nous proposons également à diverses entités – mairie, incubateurs, entreprises, associations – d’organiser elles-mêmes leurs ateliers de réflexion, comme c’est le cas à Nanterre. Les propositions qui émergent de cet atelier sont ensuite reversées sur la plateforme et enrichissent le débat de manière significative. Depuis quatre mois, près de 40 ateliers-relais ont été organisés en France ! Je me réjouis de cette dynamique, qui démontre l’intérêt des citoyens pour les enjeux numériques. J’espère que ce mouvement n’est qu’un début et préfigure de futurs dispositifs de débat public sur d’autres sujets. Notre démarche a d’ailleurs été remarquée par les institutions européennes et le Québec, qui souhaite organiser un débat similaire.

 

A propos de l'auteur

Nanterre Digital est le réseau des acteurs numérique de la ville de Nanterre. Piloté depuis l'Agora, Maison des initiatives citoyennes, il fait travailler ensemble associations, entreprises, services de la ville et citoyens.